CUONG PHO

PERSO · lecture 6 min

J'expérimente, j'implémente, et je paie cher.

Quand l'IA rend tout possible, le seul travail qui reste, c'est décider. Je vous explique.

Exécuter coûtait cher, décider semblait gratuit. L'IA a inversé le prix.

Depuis 2025, l’IA a multiplié ma productivité.

Ok oui, super… Et vous savez quoi ? J’ai aussi découvert le prix caché de cette liberté.

Vu que l’ sait maintenant coder, écrire et illustrer. Tout ce qui me passe par la tête peut exister avant la fin du week-end.

Ce prix ?

Je le paie tous les jours : la dispersion, puis le poids de la décision.

Vous avez peut-être cette impression aussi : beaucoup plus de possibilités, beaucoup plus d’idées, mais pas forcément plus de résultats qui arrivent au bout.

Si vous créez avec l’IA, voilà ce que ça m’a coûté, et le cadre qui me sert maintenant à trier mes projets.

Aujourd’hui ? Je vous partage des concepts qui vous éviteront de tomber dans les mêmes pièges que moi.

Je ne les sors pas de mon chapeau : j’ai retourné mes notes de lectures et mené de nouvelles recherches.

Oui, cet article est égo-centré sur Cuong PHO (moi-même), il me sert d’abord à clarifier le sujet. Et qui sait, il peut vous servir aussi.

Go ?

Quand tout est devenu possible, je me suis dispersé

Avant ?

Exécuter une idée demandait des mois, une équipe, un budget.

On triait ses envies par défaut : trop cher, trop long, pas les compétences. Le tri se faisait tout seul.

Ce a disparu. Aujourd’hui ? Quand une idée me traverse, je peux la construire le soir même, à moindre coût.

Pendant des mois, j’ai vécu comme ça. Des soirées entières à fabriquer des outils que personne n’avait demandés, pas même moi le matin.

J’ai adoré me former sur l’IA, tester les nouveaux , installer le dernier plugin GitHub.

Un outil fait en qui marchait, laissé en pilote automatique, pendant que je reconstruisais autre chose à côté… Des projets ouverts comme des onglets de navigateur : aucun fermé, tous à moitié chargés.

Le plus traître ? Chaque expérience, prise seule, était défendable. C’est ça qui rend le piège invisible.

On se disperse jamais d’un coup. On se disperse une bonne idée à la fois.

Le piège, c'est rarement une mauvaise idée. C'est la bonne idée de trop.
Des « oui » défendables qui s’empilent un à un, jusqu’à l’ingérable : chaque ajout crée plus d’entropie|679

Pourtant, le vrai changement était ailleurs. Et il m’a fallu des mois pour le voir.

J’ai mis du temps à comprendre ce qui avait changé

À force de retomber dans le même trou, j’ai fini par comprendre ce qui avait changé : le prix des choses s’était inversé.

En gros ? Avant, exécuter coûtait cher, et décider semblait gratuit. Choisir un projet coûtait rien : de toute façon, on pouvait en faire qu’un.

Maintenant, générer coûte presque rien. Et d’un coup, c’est la décision qui porte tout le prix.

Le soir, ça se voyait très vite : la machine produisait, produisait, produisait. Et elle me renvoyait toujours la même chose : des choix.

Plus j’automatisais l’exécution, plus il restait au fond du tamis un truc que rien n’automatise : du .

Chaque étape « pénible » que je peux pas déléguer me montre où vit encore la direction. Supprimer toute la friction, c’est parfois supprimer le volant.

Même la voiture autonome garde un volant : l’IA conduit, le jugement reste à bord|697
"The more advanced a control system is, so the more crucial may be the contribution of the human operator."

Source: Ironies of Automation, 1983

Traduction : Plus un système de contrôle est avancé, plus la contribution de l'opérateur humain peut devenir cruciale.

Chaque bout d’exécution que je délègue ajoute aussi une couche que je surveille moins.

Le système grossit. Des zones d’ombre apparaissent : des morceaux tournent sans que plus personne les comprenne vraiment.

Et ces zones d’ombre finissent toujours par envoyer la facture.

Ce que cette dispersion me coûte vraiment

Alors je paie quoi, concrètement ?

L’IA est probablement le poste de dépense le plus rentable de ma vie. Le prix est ailleurs.

D’abord, l’attention.

Sophie Leroy appelle ça le  : après un changement de tâche, une partie de la tête reste collée à la précédente. Avec plusieurs expériences ouvertes, chaque projet prélève sa taxe, même les jours où j’y touche pas.

Ce qui fait que le bon équilibre n’est pas d’arrêter d’expérimenter. C’est d’en ouvrir assez pour apprendre, pas assez pour perdre le fil.

Le tri décide : le levier pour moi, le nécessaire pour l’IA

Ensuite, des décisions repoussées. C’est la découverte qui m’a le plus sonné : chaque expérience que je lance, c’est en réalité une décision que je prends pas.

Construire un nouvel outil au lieu de trancher « ce projet mérite-t-il de vivre ? », c’est confortable. Tant que je tape, j’ai pas besoin de répondre.

Le clavier dit jamais non. Le réel, si.

Cette fuite, je l’ai déjà racontée dans l’histoire du builder qui code pour ne pas vendre. Le mécanisme est le même, en plus large.

Et le plus cher : du réel. Pendant que j’expérimentais partout, ce qui marchait déjà attendait.

C’est la partie la plus difficile à écrire : la dispersion vole pas que du temps. Elle vole de la conviction à ce qui en méritait.

Alors j’ai posé un cadre. Pas pour expérimenter moins. Pour trancher plus.

Le cadre que j’essaie d’appliquer maintenant

Arrêter d’expérimenter ? Non.

Expérimenter, c’est ma façon d’apprendre, et c’est la bonne époque pour ça. Ce qui change, c’est le statut de l’expérience.

Charlie Munger, l’associé de Warren Buffett pendant des décennies, avait une règle que j’ai mis du temps à digérer : être capable de détruire ses idées préférées dès que les faits tournent contre elles.

Un article entier plus tard, je continue de me faire avoir.

Parce que l’IA a aggravé le problème de Munger : elle rend mes idées préférées construisibles. Une idée qui reste sur le papier meurt toute seule. Une idée à moitié construite réclame sa suite.

Du coup, ma bascule tient en une phrase : chaque expérience doit payer sa décision.

Maintenant, avant de lancer, j’écris ce que l’expérience doit m’apprendre, et la date où je tranche.

Pas de date de verdict ? C’est pas une expérience, c’est une fuite avec un joli nom.

Et le geste qui compte le plus, ce n’est plus d’ajouter. C’est de trancher. Supprimer, effacer, fermer un projet : c’est devenu le travail le plus important de tous.

"Il semble que la perfection soit atteinte non quand il n'y a plus rien à ajouter, mais quand il n'y a plus rien à retrancher."

Source: Terre des hommes, 1939

Ajouter, tout le monde sait. Retrancher, c’est le vrai travail.
Expérimenter, c'est mon école. Décider, c'est mon métier.

Et en fait, tout était déjà là. Il fallait juste le nommer.

Ce que j’essaie de retenir de tout ça

En relisant ce que j’ai publié ici, tout pointait déjà là, sans le nommer.

  • J’expérimente : c’est comme ça que j’apprends, et j’y renoncerai pas.
  • J’implémente : parce qu’une idée testée vaut plus que dix idées admirées.
  • Et je décide : parce que c’est le seul travail que la machine me laisse. Et c’est le plus dur.

Le « je paie cher » du titre reste vrai. Simplement, je sais maintenant ce que j’achète avec.

Décider quand c’est pas confortable, c’est ça qui fait avancer.

Chaque expérience qui se termine par une décision, c’est du . Chaque expérience qui traîne sans verdict, c’est du jugement qui fuit.

Ouvrir une expérience me donne des options. La fermer me donne du jugement.

Ce jugement a aussi un coût physique que j’ai longtemps refusé de voir : la santé est le premier capital de l’entrepreneur, et l’épuisement se déguise très bien en ambition.

Et vous, qu’est-ce que vous savez déjà devoir lâcher ?

Trois choses qu’on sait devoir lâcher. Et vous, vous lâchez quoi ?|673

Cuong · Paris